[Article Invité] Et toi, es-tu un sexeur de bébés ?

[ Article invité traitant de : Rapport au corps/ TCA/ Identité de genre – Egalement disponible en podcast sur : https://youtu.be/X9SGs3kYxx8 ]

Cet article a été écrit par « Laetitia et les Mondes intérieurs » ; tu peux retrouver son contenu sur http://lesmondesinterieurs.fr/ et sa chaîne Youtube. En ce moment iel propose son « Carnet « Vivre pour soi-même (sans être un monstre pour autant!) » que je te recommande chaudement !

Un immense Merci à iel pour sa confiance et l’article qu’elle a écrit pour l’Autre Morgane et l’inauguration de la catégorie « Cet•te autre que j’aime tant »…


Quand Morgane m’a proposé de faire un article sur mon rapport au corps pour son site, déjà mes chevilles ont un peu enflées, et ensuite je me suis dit que j’allais parler des ôôô multiples problèmes que j’avais eu pour accepter ne serait-ce que l’idée d’avoir un corps (oui moi je voulais être un pur esprit, pour être débarrassé de l’obligation de manger et de devoir gagner des sous pour entretenir ledit corps, tout ça).

On m’avait muni de ce « truc » et il allait falloir se le coltiner à vie maintenant (en plus il peut tomber malade et tout, t’imagines l’enfer ?).

En réalité je crois que si je voulais vraiment écrire un article qui change, alors je devrais plutôt parler de mon rapport à mon corps tel que je le vis maintenant. Parce que ÇA, ça fait bizarre, à l’heure où le corps est objectivé et sexualisé de partout.

En fait j’adore mon corps.

Je ne le trouve pas particulièrement beau, même si je sais que de ce côté-là je n’ai pas trop à me plaindre. Je le laisse avoir des poils et plus tard j’accueillerai avec plaisir ses cheveux blancs. Je ne le blâme plus quand il peine à faire des efforts, qu’il tremblouille de partout parce qu’il contient des émotions intenses vraiment fréquemment.

Quand il a envie de rire et de pleurer en même temps parce que mes hormones font des trucs étranges parfois pendant mes cycles, alors que j’ai la sensation que c’est un remake du 11 septembre 2001 dans mon bas-ventre.

Non pas que j’aime souffrir (hahaha), mais j’ai accepté que tout ça ait lieu, je ne me révolte plus contre ce corps.

COMMENT UN TEL CHANGEMENT MES AÏEUX ?

Tout a changé quand j’ai compris que mon « corps » c’était « moi ». Que « moi » j’étais non pas « dans un corps » (comme un cyborg qui pilote une machine), mais que « j’étais » ce corps. J’étais à la fois l’esprit, et le corps. Les deux. Pas séparés du tout.

Alors j’ai commencé à voir les choses autrement.

Si mes pensées et mes émotions font partie de « ce que je suis », alors mon corps, mon image et les sensations qui vont avec : aussi. C’est moi le gargouillis du ventre, et c’est des bouts de moi quand je me ronge les ongles. Oui c’est un peu dégueu, mais avouez que c’est rigolo quand même.

Les choses ont commencé à se mettre en place. Moi qui souffrait de TCA (Troubles du Comportement Alimentaire), j’ai petit à petit vu ces troubles se résoudre, parce que je savais que je ne nourrissais pas ainsi mon « corps » mais bien mon « être ». Et mon être, je voulais qu’il se sente bien, parce que « moi » je veux me sentir bien. Pas besoin d’une énorme estime de soi pour ça d’ailleurs, c’est juste pragmatique : on n’apprécie pas trop de se sentir mal, par définition. Alors certes il allait me falloir affronter des émotions enfouies pas-belles-à-voir, mais j’allais le faire en sachant pourquoi.

Alors que je m’étais toujours révoltée contre l’obligation de piloter le corps pour vivre, je m’autorisais pour la première fois de ma vie à vivre, à vivre vraiment, en tant que l’humain que j’étais, tel qu’il est foutu et pas tel que j’aurais voulu l’imaginer.

Je suis tombée amoureuse de tout ça, parce que mes études m’avaient appris comment fonctionne ce corps (je suis allée en médecine, puis en biologie). En vrai, j’ai toujours aimé d’amour la nature et les cellules et le fonctionnement des micro-machins qu’il y a dedans. J’ai toujours été fasciné par ça.

Mais « moi », je pensais être « contre-nature ». Parce que je ne me reconnaissais pas dans tout ça, je pensais être à part, j’avais la sensation d’être d’ailleurs et le monde terrestre n’était qu’un emplacement par défaut dans lequel j’étais arrivée on-ne-sait-trop-comment.

Mais, si j’étais le corps, alors je n’étais pas du tout arrivée là par défaut. Parce que je sais comment les corps se forment. Je ne savais juste pas à quel point ça me concernait.

Dans chacune des étapes de la formation de ce corps, il y avait eu de la vie.

Et la « vie », je connaissais : « moi », j’étais bien « vivante » et je n’en ai jamais douté.

Donc de la vie dans le corps : aussi.

Je souffrais de dysphories de genre [NLDR : pour décrire la détresse de la personne transidentitaire face à un sentiment d’inadéquation entre son sexe assigné et son identité de genre.] dont je n’avais même pas idée tellement je les avais traînées jusque-là sans remettre en question leur présence.

Ça s’est réglé aussi, progressivement, mais rapidement quand même.

Et j’ai enfin compris pourquoi, à la base, je rejetais tellement l’idée de ce corps, qu’on devait « habiter » mais qui n’étais pas « moi ».

Mon corps, on l’avait genré « fille ».

Sauf que, je ne suis pas une fille.

Je ne suis pas un homme non plus. Je suis un humain.

On peut dire que je suis agenre (pas de genre). Mais moi on m’avait appris que « vagin = fille », et que « pénis = garçon ». Et en tant qu’enfant j’avais parfaitement conscience que pour que le corps puisse fonctionner, il a besoin de toute une machinerie (ne serait-ce que pour faire pipi, tu vois ?). Et je me disais alors : « Le sexe, ça a l’air marrant quand même, dommage qu’il nous faille avoir une machinerie organique spécialement pour pouvoir en faire ».

Je n’ai jamais eu honte de comment mon corps était formé, mais le problème était (pour moi à l’époque) que sa « forme » me donnait un « genre ». Erreur fatale, comme dirait Gerald De Palmas, parce que du coup j’ai rejeté ce corps quasiment toute ma vie, et je ne savais même pas pourquoi.

Alors certes, je ne suis pas devenue du jour au lendemain « super healthy » et « super à l’aise avec toutes les formes de mon corps » (je n’aime pas les pieds, que veux-tu). Mais j’ai arrêté d’être en guerre ouverte, au moins. Je suis encore accro à la cigarette, et des fois je sais que je ne mange pas assez, mais on est très loin de la négligence voire du mépris que j’éprouvais avant à l’idée de faire des efforts pour tout ça. Et quelle honte quand il me fallait faire du sport aussi, avec mes mouvements que les dysphories s’amusaient à dé-coordonner (ce mot n’existe pas, mais ça veut dire que j’ai une coordination de mouvement toute pourrie dès que quelqu’un me regarde, toute seule ça va).

Maintenant, ça va.

Mon corps n’est pas un enfant que je prends sous le coude en disant : « Allez fais pas ta mauviette putain ».

Mon corps c’est toutes les parts de mon psychisme, de ma personnalité, les traces de mon vécu, les fondations de mon avenir.

Et j’espère que j’arriverai grâce à tout ça (le corps et tout ce qu’il est) à expérimenter la vie encore longtemps.


Crédits photo : Photo by Matheus Bertelli from Pexels

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